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 La loi sur le voile a conduit à deux premières exclusions

 

La loi sur le voile a conduit à deux premières exclusions

 

LE MONDE | 20.10.04 | 13h47

 

Dounia et Khouloud, 12 ans, ont été exclues, mardi 19 octobre, du collège Jean-Macé de Mulhouse, en application de la loi du 15 mars sur l'interdiction du port des signes religieux ostensibles à l'école. Huit autres jeunes filles devaient passer en conseil de discipline avant la Toussaint.

Mulhouse de notre envoyée spéciale

Pour la première fois depuis l'entrée en vigueur de la loi du 15 mars interdisant le port de signes religieux à l'école, deux collégiennes de Mulhouse ont été exclues, mardi 19 octobre, de leur établissement. Dounia et Khouloud, 12 ans, étaient scolarisées en cinquième au collège Jean-Macé. "Le conseil de discipline s'est prononcé à la majorité pour l'exclusion de deux élèves pour non-respect de la loi du 15 mars 2004", a annoncé la principale, Michelle Feder-Cunin. "Quelque part, un conseil de discipline, c'est un échec, a poursuivi la responsable du collège, car ce que nous voulons, c'est que les élèves réussissent leur scolarité."

A la rentrée, les deux adolescentes, françaises d'origine algérienne, s'étaient présentées coiffées d'un foulard. Mais ce qui avait été autorisé en 2003 ne l'était plus en vertu de la loi sur la laïcité. Elles ont donc été isolées de leurs camarades d'abord ensemble puis dans deux salles séparées. "Un suivi scolaire et pédagogique" a été assuré et "un dialogue entrepris avec elles et leurs parents pour leur expliquer la nécessité de se plier aux exigences de la loi", a déclaré la principale.

Au bout de quelques jours, les deux jeunes filles ont "troqué leur foulard pour un bandana". "Leurs pères ont pensé qu'elles sortaient ainsi du contexte de la loi mais cela n'enlevait pas le signe sur leur tête", a conclu Mme Feder-Cunin, qui n'a pas voulu donner de détail sur les conseils de discipline en raison de son "devoir de confidentialité". Au total, les deux réunions ont duré près de trois heures, de 16 h 15 à 19 heures.

Mardi, vers 17 heures, à la sortie des cours, de nombreux élèves s'étaient massés devant le collège scandant le prénom de leurs camarades et criant "Vive le voile !" A l'issue des conseils de discipline, les pères des deux élèves exclues ont annoncé leur intention de faire appel des décisions auprès du recteur de l'académie de Strasbourg. Ils disposent pour cela de huit jours.

"Khouloud avait 17 de moyenne générale, c'était une des meilleures élèves de sa classe dont elle était déléguée l'an dernier", a assuré son père, bouleversé par la décision d'exclusion. "Pendant près de deux mois, nos filles ont subi un véritable cauchemar : isolement, interdiction de se mêler aux élèves à la récréation, de parler à leurs camarades, a expliqué à son tour le père de Dounia. Nous épuiserons toutes les procédures légales leur permettant de réintégrer les cours." Les deux pères prévoient, en attendant, de scolariser leur enfant au Centre national d'enseignement à distance (CNED).

Dounia et Khouloud assurent toute deux que le port du foulard résulte d'un choix personnel. "Ma mère était contre, mon père aussi, assure Dounia. Pour moi, ce n'est pas un signe religieux ostensible, c'est un signe de pudeur." Son père, présent au conseil de discipline de sa fille ainsi qu'à celui de Khouloud dont il assistait le père, a présenté un mémoire en défense.

"INQUISITION"

"En remplaçant leur foulard par un bandana, nos filles ont décidé de ne pas se mettre en porte-à-faux avec la loi, a-t-il assuré. Sur la question de savoir pourquoi ma fille met un couvre-tête, je vous répondrais qu'il est contraire à la laïcité de répondre. Le tissu qui constitue un couvre-tête chez ma fille n'a aucune connotation religieuse et si vous me dites le contraire, nous aurons affaire à un délit de faciès." "J'avais l'impression d'être à l'époque de l'Inquisition", a-t-il estimé après les conseils. Selon lui, l'exclusion l'a emporté par 8 voix pour, 1 voix contre et 1 abstention.

Le père de la jeune fille considère qu'en France "le problème du foulard a été utilisé par certains pour exprimer leurs sentiments anti-immigrants et anti-musulmans". Il voit dans la loi "le produit de l'idéologie du moment", à savoir "une loi d'exception contre une pratique religieuse". "Nos parents ont traversé des souffrances ardentes pendant le colonialisme, explique-t-il. Je ne pensais pas que mes enfants auraient aussi à connaître cette souffrance." Mercredi 20 octobre, deux autres conseils de discipline étaient prévus dans deux lycées de Mulhouse au motif du non-respect de la loi sur la laïcité. Le premier concerne la sœur aînée de Dounia, Manèle, scolarisée en première S au lycée Louis-Armand. Le second vise une élève d'origine turque, scolarisée en seconde, au lycée Lavoisier. Elle devait être assistée par le docteur Abdallah Thomas Milcent, médecin strasbourgeois musulman qui a contribué à la mise en place d'un numéro vert dans le cadre du Comité 15 mars, libertés.

L'académie de Strasbourg, où vivent de nombreux musulmans, comptera, à l'issue des quatre conseils de discipline de cette semaine, encore 13 cas problématiques. "L'an dernier, nous avions entre 450 et 500 cas de jeunes filles voilées dans l'académie", rappelle le rectorat. Le dialogue engagé à la rentrée avec la cinquantaine d'élèves récalcitrantes a abouti "dans la quasi-totalité des cas". Six autres conseils de discipline sont prévus avant les vacances de la Toussaint (quatre dans l'académie de Caen, un dans celle de Dijon et un dans celle de Lyon).

Martine Laronche

 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.10.04

 

 

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