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 La vérité sur une jeune fille au crâne rasé

 

Khouloud, 12  ans  : "Ils viennent de détruire ma vie"

 

LE MONDE | 20.10.04 | 13h47

Mulhouse de notre envoyée spéciale

Réunies dans le salon après la rupture du jeûne, Dounia, sa sœur Manèle, Khouloud, Samia et Sarra, toutes françaises d'origine algérienne, partagent leur désarroi. "Ils viennent de détruire ma vie", assure Khouloud, du haut de ses 12 ans.

Le soir même, elle a été exclue du collège Jean-Macé de Mulhouse, tout comme son amie Dounia. Brillante élève, elle rêvait d'être médecin. Elle ne comprend pas la loi. "Ma classe m'aimait comme j'étais. L'an dernier, mes camarades ne m'ont pas demandé de montrer mes cheveux pour m'élire déléguée de classe." Pour poursuivre ses études, elle compte sur l'aide de son père qui était professeur de technologie en Algérie avant d'être ouvrier chez Peugeot en France, et sur l'aide d'une aide-éducatrice du collège.

Dounia et elle ont un souvenir éprouvant de leur mise à l'écart. "On nous a mises en quarantaine. On ne nous laissait pas aller à la récréation. On nous reprochait de porter des jupes longues, des tenues soi-disant traditionnelles", explique Dounia, qui a elle aussi 12 ans. "Ce qu'ils veulent, c'est nous voir avec des pantalons serrés comme toutes les meufs du collège", rétorque Khouloud. Dounia a mal supporté l'épreuve du conseil de discipline. "L'an dernier, il y en avait déjà eu plusieurs, mais c'était pour des choses graves, comme des dégradations de voiture. Je n'ai rien en commun avec ce genre d'élèves. Je n'avais aucun problème dans l'établissement", dit-elle.

Elle porte le foulard depuis l'âge de 10 ans. "Ils croient que ce sont les pères qui obligent les filles à le mettre, mais mes parents étaient contre", poursuit-elle. "Je voulais faire coiffeuse comme maman, et puis après policière", maintenant elle ne sait plus. Elle appréhende de travailler seule. Heureusement, son père "est bon en langues et en maths", et sa sœur, Manèle, "l'aidera". Manèle, 17 ans, en première S au lycée Louis-Armand, porte le voile depuis la cinquième. Mercredi 20 octobre, elle est convoquée à un conseil de discipline. Les mots se bousculent sur ses lèvres pour dire son indignation. "Le voile suscite la haine, dit-elle. L'an dernier, j'ai été agressée par trois hommes à l'extérieur de l'établissement qui m'ont craché à la figure, frappée, insultée. Au lycée, on m'a dit que nous étions des esprits faibles, manipulés."

Depuis la rentrée, elle suit des cours, isolée au lycée avec son amie Sarra qui, elle aussi, porte le voile et dont la phase de dialogue se poursuit encore. "On a été traitées comme des prisonnières. Récréation sous surveillance. Pas le droit de se rendre seules aux toilettes. Des camarades m'ont dit : "Il ne manquerait plus qu'on te mette une laisse"."

Pour Manèle, la coupe est pleine. "On veut faire des petits robots avec la même chose dans le cœur et dans la tête. Mais, c'est l'enseignement qui doit être laïque. Pas les élèves. On est quand même des êtres humains. Ils ont foutu ma vie en l'air. Pourquoi je leur montrerais mes cheveux ?", lâche-t-elle, en pleurs. "C'est une loi inhumaine. Il ne faut pas suivre les lois inhumaines. Je me battrai jusqu'au bout. Quitte à aller à la cour des droits de l'homme, se reprend-elle. Dans trente ans, ce sera derrière nous. On se dira, on était raciste à cette époque mais on trouvera autre chose contre les Jaunes, contre les Noirs..."

"Le dialogue, c'est "t'obéis ou tu dégages", explique, abrupte, Sarra. On n'a pas le choix." Samia, elle, a déclaré forfait avant la rentrée. Admise en seconde avec 15 de moyenne en troisième, elle ne s'est pas présentée dans son nouveau lycée. "Je n'aurais pas pu supporter tout cela. J'ai préféré tout arrêter."

Martine Laronche

 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.10.04

 

 

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